Zokéla

Zokéla

Le 22 novembre 1982 ces dissidents fondent et animent le premier concert de « Canon Star » au dancing « ABC » situé au quartier KM5 de Bangui. Il importe de signaler que Thierry Darlan, ancien chef d’orchestre du groupe « Musiki »fournit à la nouvelle formation «Canon Star», une série complète d’instruments avec une sono pour concrétiser ce projet. Le premier concert est une explosion, un succès inattendu pour ces jeunes chanteurs et musiciens.

Le groupe « Makémbé » encaisse l’Onde de Choc comme un défi. Un nouveau style, une nouvelle sonorité viennent de naître avec les solos de guitare de Mombaza qui envoûtent les Banguissois. La virtuosité du guitariste rythmique Karawa fait penser à Mombassa de « Lipua Lipua » au Congo Kinshasa. Aby Ngomatéké également jeune batteur trouve une occasion de s’extérioriser dans ce style nouveau.

En fait, cette musique s’inspire de l’instrument « N’Gombi »,une cithare à 10 cordes jouée par des paysans « Ngbaka », « Mbati » et « Monzombo ». La particularité de cette variété musicale est sa rythmique syncopée et l’emprunt de quelques phrases polyphoniques des pygmées de la Lobaye. De plus, le mélange avec le  » Mogbaté « , musique funèraire de la Lobaye fait de « Montè-Nguènè » un style très riche et prisé.

Une autre variété de « Montè-N’guènè » s’appelle « Loudou » qui est une danse des reins et du corps chez les « Ngbaka ». Entre 1960 et 1972 mon grand père, René Vomitiendé, alors chef quartier « Yaka » à Bangui organise chaque samedi des représentations de danse « Loudou » qui mobilise habitants et passants. De même que le « Léngué » danse des ethnies « Sango » et « Yakoma » organisé à la même époque aux quartiers « Sango » et « Guèrè Mboutou » à Bangui. Le groupe Zokéla tente de conserver nos traditions perdues du fait de notre nouvelle habitude citadine. Ainsi les chanteurs et musiciens Assamba, Alino, Kaïda Monganga,Bébé Matou, Atossa, Liwanza et Vasco sont les précurseurs de ce nouveau courant musical baptisé dans les années 1980 le « Montè-Nguènè ». En fait, Gina Biakoa et Matata forment à M’baïki le groupe « Super Bombolè » dans les années 70 et expérimentent déjà cette musique. Le mouvement qui donne naissance au groupe Zokéla est une formation de jeunes talents de quartier « Fatima » de Bangui. Vincent Wiliburo, propriétaire du dancing « Sagbado » met à leur disposition des matériels de musique pour animer dans ce cadre. Ces jeunes talents animent chaque weekend au dancing , situé au quartier « Kina ». Ainsi Vincent donne ainsi une occasion à zokéla nouvellement fondé de se produire en public. La sonorité traditionnelle de zokéla attire le public Banguisseois qui vient apprécier leurs oeuvres musicales et spectacles insolites. Les chansons expriment la vie quotidienne paysanne, la joie de vivre et la misère de la campagne. Leur premier enregistrement est non seulement un succès grandiose, mais une reconnaissance désormais de ce genre musical campagnard.

Kaïda Monganga

Zokéla vient par cette créativité de permettre aux Centrafricains de se distinguerde la Rumba Congolaise qui est la musique moderne du pays. Malheureusement, le « Montè-Nguènè » apprécié de tous n’amène point les autorités en charge de la CultureCentrafricaine à l’encourger et à le développer. Quelques initiatives privées avec de maigres moyens investissent dans la production de ce nouveau courant, et ce d’une manière artisanale et destinée à la consommation locale. Sur le plan technique, le « Montè-Nguènè » doit s’améliorer, s’enrichir avec l’apport d’autres styles existants, à l’instar du Makossa, musique populaire Camerounaise qui intègre les cuivres de jazz et des arrangements modernes. L’on se souvient de Soul Makossa créé par Manu Dibango qui rencontre un succès inatendu aux Etats Unis et le propulse au devant de la scène internationale. Son action de ce fait permet de découvrir un genre musical appelé Makossa.

Si le guitariste Matata dans la chanson « Sommation » avec le Musiki apporte une bonne construction rythmique au « Montè -Nguènè », l’on peut cependant constater que les batteurs de ce style peine àtrouver une cadence adaptée à la musique jouée. Sans doute l’apport de percussions Africaines peuvent aider à résoudre ce problème. De plus, le groupe Zokéla est divisé en trois formations pour des raisons de rivalité et de pouvoir en ce moment. Zokéla, Zokéla Original, Zokéla Iti Ma Iti. Dépourvus dematériels, ces groupes sont réduits de leurs forces et relégués au fin fond des quartier de Bimbo, banlieue de Bangui.

La disparition de la plus part de ces éléments (Liwanza, Assamba, Alino et Atossa) moteurs rend problématique l’avenir des Zokéla. Kaïda Monganga, chanteur de talent et danseur né que j’apprécie beaucoup se bat seul contre le moulin à vent pour sortir sa formation zokéla Original de son « ghetto ». En tout état de cause, le groupe Zokéla lègue à la nation un Patrimoine Musical qui nous distingue des Congolais de deux rives. Tout comme le jazz qui est une musique de  » ghetto » à ses débuts, des efforts doivent être déployés pour améliorer et lancer le « Montè-Nguènè ».



Anthologie de la Musique Centrafricaine

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