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XII/La Radio Bangui

1/ Création de la Radio Bangui le 1er décembre 1958

Radio Bangui

Radio Bangui

La Radio Bangui est créée le 1er décembre 1958 avec la proclamation de l’indépendance à la grande surprise des Centrafricains habitués à capter la Radio Brazzaville et la Radio Léopold-Ville. Monsieur Mercier créateur de la Radio Bangui prépare bien l’événement en procédant la veille à un enregistrement public du groupe Centrafrican Band en plein air, dans la cour de la Cathédrale Notre-Dame de Bangui afin d’alimenter cette inauguration. La surprise est grande quand les Banguissois ouvrent leurs postes radio et écoutent « Mo gbi ». En fait il s’agit de la première chanson Centrafricaine diffusée sur les ondes cette année là. L’autre événement est l’attroupement des Banguissois autour des postes radio des voisins pour savourer cette joie grandiose et pour danser sur la musique du pays en direct. Par la suite « Mo gbi » composée par Maître Békpa dit Békers devient une chanson populaire et gravée dans la mémoire de ceux que l’on peut appeler maintenant des anciens. Voici l’air de « Mo gbi » qui est chanté un soir par un Camerounais, ancien habitant de Bangui que je rencontre à Paris en 2001. Il est témoin de l’inauguration de cette Radio.

Voici la première chanson diffusée sur les ondes de la Radio Bangui, le 1er décembre 1958:

« Mo zia bè ti mo na mbi sènguè pèpè,
Wali ni ayé mbi wè,
Mo yé mo zo go ti mo,
Mo yé mo fa trè ti mo,
Mo kassa mbi a so mo,
Mo zonga mbi a so mo,
Mo gbi, mo gbi
Mo gbi, mo gbi »

bangui-centre-annees-50

Bangui dans les années 50

Désormais la Radio Bangui devient un outil de promotion de la Musique Centrafricaine naissante et de la langue nationale le Sango, parlée et comprise par tous. Il s’agit d’un fait rarissime le fait que la République Centrafricaine soit le seul pays d’Afrique où toute la population communique dans une langue commune. La Radio Bangui est écoutée au-delà des frontières, au nord du Congo Brazzaville (Dongou, Ifondo, Bétou, Mossaka…) et du Congo Démocratique (Zongo, Libènguè, Mbandaka, Ngbadolité, Guéména…) à partir de 1970, grâce un émetteur de 100 KWH installé à Bimbo. Elle est également écoutée au sud du Tchad (Moundou, Sar, Doba…).

Radio Bangui ( Régie )

Radio Bangui ( Régie )

Ce nouvel outil de communication participe dès sa création à l’éducation de base de la population avec l’apport de la musique comme véhicule de cette action éducative. Il importe de rappeler que la population Africaine en générale ne lit que peu et presque pas et c’est pourquoi des messages à caractère éducatif sont diffusés le plus souvent par le véhicule de la musique. L’on se souvient de la chanson « To moléngué na l’école » de Lémotomo qui vante les bienfaits de l’école et qui incite les parents à scolariser leurs enfants. L’arrivée tardive de la Radio en Centrafrique ne permet pas à cette jeune nation de réduire l’écart d’avance pris par ses voisins les Congolais de Kinshasa et de Brazzaville sur le plan musical. De plus, la Radio Bangui nouvellement créée dispose d’un émetteur de 250 Watts, capable de diffuser des émissions que sur Bangui. En 1963 quelques émetteurs un peu puissants remplacent le premier et la Radio Bangui arrose difficilement quelques villes de province.

2/ Les troubles politico-militaires de 1996 à 2002 qui secouent le pays sont à l’origine de la destruction de notre Patrimoine Culturel.

La création de la Radio Bangui bien que tardive permet le développement des groupes musicaux locaux qui trouvent une structure d’enregistrement et de diffusion de leurs œuvres désormais. Aussi, grâce à cette Radio locale les Centrafricains découvrent les chansonniers Jean Magalet et Jean Marc lésoua qui se spécialisent dans des chansons patriotiques et éducatives en direction de la population. Après quelques années de fonctionnement, force est de constater une mauvaise gestion d’équipement de la Radio du fait que l’Etat manque de volonté à renouveler cet outil de communication. En dépit des difficultés matérielles rencontrées par la Radio Bangui, l’hommage doit être rendu aux animateurs et techniciens qui participent activement à la promotion de la Musique Centrafricaine parmi lesquels l’on peut citer : Maurice Célestin Moyéké, José Michel Saragat Ngoko, Léon Zouma, Alain Maurice Kouta, Pierre Kawélé, Henri Gustave Hitayé, François Kpakata, Placide Sombo, Alber Wilybiro Passi, Magba Totama et Tita Samba. Force est de déplorer la destruction successive de la bandothèque de la Radio, lieu de la Conservation de nos Archives Culturelles depuis 1958. Les troubles politico-militaires de 1996 à 2002 qui secouent le pays sont à l’origine de la destruction de notre Patrimoine Culturel.

Mayélé et Békpa en 1958

Mayélé et Békpa en 1958

De 1997 à 2003 les matériels de la Radio Bangui deviennent désuets, et ce après le renouvellement d’une bonne partie de son équipement par un projet Allemand en 1986 intitulé  » Radio Rurale « . En 2003 l’ancienne Directrice de la Radio Bangui, Delphine Zouta menace de cesser d’émette en raison de la détérioration de son équipement. Aussi, l’émetteur de 100 kw de Bimbo installé dans les années 70 par les Chinois est régulièrement tombé en panne. Seul un émetteur installé à Bangui ayant une puissance d’à peine 250 watt permet aux auditeurs d’un rayon de moins de 100 km de capter la radio et jusqu’à 17 h. Le cri d’alarme de la Directrice de l’époque est entendu et c’est ainsi que l’Etat met des moyens pour permettre à la Radio depuis 2005 de couvrir environ 70 % du territoire Centrafricain. L’émetteur de Bimbo est réparé et des émissions fonctionnent 24 heures sur 24 heures. Certes, l’acte posé par l’Etat Centrafricain est appréciable. Mais cependant beaucoup reste à faire sur la politique des médias dans ce pays, surtout que nous sommes à l’ère numérique où des émissions sont voyages par la voie satellitaire.

Bangui dans les années 70

Bangui dans les années 70

La Radio continue de promouvoir la Musique Centrafricaine en absence d’industries culturelles privées pouvant appuyer cette Mission de Service Public. En tout état de cause, la Radio Bangui conserve bien sa place avec ses missions d’information, de promotion musicale et d’action éducative en direction des Centrafricains, et ce en dépit de la concurrence des stations étrangères et locales privées. Enfin, le gouvernement Centrafricain doit tenir compte des mutations Audiovisuelles pour réhabiliter la Radio et la rendre efficace dans ses missions au service de la nation. La destruction de la Radio à plusieurs reprises peut amener les autorités à penser à la construction des locaux adaptés pouvant conserver dans de bonnes conditions nos Archives Culturelles pratiquement détruites à ce jour.

De nos jours, la plupart des radios et télévisions Africaines sont dotées d’équipement numérique et en émettant par le canal satellitaire. Aussi, nous ne devons point continuer à recevoir des programmes d’autres radio et télévisions étrangères sur le sol Centrafricains sans leur proposer nos productions en contre – partie. Nous avons une Culture à défendre et pour cela la République Centrafricaine longtemps effacée sur tous les aspects doit s’affirmer.

maziki.fr
Sultan Zembellat
Anthologie de la Musique Centrafricaine

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